Peut-il y avoir une rationalité après un conflit ? En principe, la chose la plus normale à laquelle il faut penser est non. Après un conflit, penser de manière rationnelle à la coopération, même si elle est à notre avantage, apparaît comme quelque chose d’étrange. Mais cela devient encore plus étrange lorsque cela se produit au niveau d’un groupe. Lorsque notre groupe entre en conflit avec un autre, les membres de l’autre groupe vont réveiller en nous des émotions négatives et, par conséquent, notre comportement envers eux sera négatif, même s’il peut nous nuire. Mais ce n’est pas toujours comme ça. Dans d’autres cas, nous pouvons tendre vers la rationalité après le conflit. Par exemple, lorsque les décisions sont prises en groupe, elles sont délibérées de manière plus détendue. En conséquence, des décisions plus rationnelles seront prises, y compris celle de coopérer avec le groupe adverse.

Le conflit

L’histoire de l’évolution est pleine de conflits, dont certains ont conduit à l’usage de la violence contre d’autres groupes. Le concept d’une vie harmonieuse et sans conflit est de plus en plus remis en question. De plus, la violence entre groupes semble avoir apporté certains avantages, par exemple en termes de reproduction. D’autre part, l’histoire nous apprend aussi que nous n’entrons pas toujours en conflit avec d’autres groupes, mais que nous établissons aussi des liens de confiance et de coopération au profit des uns et des autres. Nous sommes confrontés à un paradoxe dans lequel coexistent des comportements contradictoires. La coopération d’une part et l’agression d’autre part. L’importance de comprendre quand l’un ou l’autre comportement se produit sera visible dans la gestion post-conflit. En ce sens, après un conflit, il peut rester des blessures émotionnelles qui ne permettent pas de le résoudre. Les parties se trouvent dans l’impossibilité de coopérer, se privant des avantages qu’elles pourraient obtenir, tant en termes économiques qu’en termes de vies humaines.

Processus décisionnel

Pour savoir si nous faisons preuve de rationalité après un conflit, nous devons nous en remettre à la psychologie. Plus concrètement, aux théories qui nous parlent de la prise de décisions. La théorie double affirme qu’il existe deux formes de prises de décisions :

  • Les décisions prises après avoir traité l’information de façon rationnelle, posée et délibérative
  • Les décisions automatiques basées sur l’expérience et les émotions passées

Dans le cas du conflit, l’autre groupe peut se transformer en stimulus qui génère, de façon automatique, des émotions négatives. Cette association nous conduit à avoir recours à la seconde forme de prise de décisions. Nous choisirons de nous fier à nos émotions et à nos expériences passées. Cependant, ce type de prise de décisions a des inconvénients : l’expérience peut ne pas être notre meilleure alliée au moment d’évaluer les conséquences de nos décisions. Cependant, la rationalité, la première façon de prendre des décisions, est plus probable quand les personnes impliquées dans le conflit délibèrent en groupe. Quand les membres d’un groupe parlent de la meilleure décision à prendre, ils le font habituellement de façon rationnelle. Ils sont donc capables d’ignorer leur expérience et leurs émotions et d’opter pour des décisions plus rationnelles, telles que la coopération.

Rationalité après un conflit

La conclusion que l’on peut en tirer est que le groupe, en règle générale et dans ce sens, a un rôle civilisateur. Bien que les groupes puissent agir de manière irrationnelle et faire pression sur leurs membres lorsqu’ils prennent des décisions, ils offrent en même temps un environnement dans lequel la discussion est encouragée. Cela permet de corriger les erreurs lors de la prise de décisions. Cela s’applique aux conflits existants, si nous cherchons une solution. En invitant les participants à envisager différentes alternatives, il est plus probable qu’ils opteront pour la coopération. En ce sens, la pensée rationnelle, en tant que faculté humaine, nous permettra d’avancer vers une société meilleure.

Conseils pour gérer et résoudre les conflits

Les conflits provoquent des émotions fortes, et des sentiments de déception, ainsi que de mal-être. Lorsqu’un conflit est mal géré, il peut causer du ressentiment et des ruptures irréversibles. Cependant, lorsque les conflits sont gérés de manière saine, ils renforcent la compréhension ainsi que la confiance, et permettent de consolider les liens qui unissent deux personnes. Pour affronter de manière adéquate un conflit, il est fondamental de connaître ses propres sentiments et émotions, pour découvrir ses propres besoins. Si une personne ne connaît pas ses véritables intentions, il lui sera quasiment impossible de les communiquer aux autres, et de permettre la résolution du conflit. Cela aboutit presque systématiquement à des discussions triviales, qui ne creusent pas le fond du sujet pour trouver la source du conflit.

Comment résoudre un conflit ?

La capacité à résoudre un conflit de manière adéquate dépend de la faculté qu’a chacune des parties à contrôler son stress et ses émotions, à faire attention à l’autre, et à être conscient des différences qui les séparent.

– Contrôler son stress : si vous parvenez à calmer rapidement votre stress, et à garder votre calme, vous pourrez mieux lire et interpréter la communication verbale et non-verbale de votre interlocuteur.

– Contrôler ses émotions et son comportement : si vous êtes capable de contrôler vos émotions, vous allez pouvoir communiquer sans jamais menacer ou intimider votre interlocuteur (physiquement ou verbalement).

– Etre attentif : c’est la seule manière que vous pouvez utiliser pour découvrir vos sentiments et pour écouter tout ce que l’autre a à vous dire.

– Etre conscient des différences : soyez toujours respectueux des différences qui peuvent vous séparer de votre interlocuteur. C’est une excellente manière pour résoudre rapidement le conflit.

Des conseils pour mieux gérer un conflit

1. Soyez attentif et apprenez à écouter

Lorsque nous écoutons quelqu’un, nous développons notre empathie envers cette personne. Le fait d’écouter nous permet de nous informer sur ce qui est en train de se passer. De plus, plus vous écouterez les autres, plus ils vous écouteront en retour.

2. Établissez des priorités : la résolution du conflit avant le fait d’avoir raison

Lorsqu’un conflit survient, il ne s’agit pas de perdre ou de gagner. Ce que vous recherchez est le maintien de la relation pour aller de l’avant. Pour cela, il est fondamental d’être respectueux et de faire attention au point de vue de l’autre.

3. Ne gardez pas de rancœur et vivez l’instant présent

Si vous restez bloqué dans des ressentiments du passé, votre capacité à voir la réalité telle qu’elle est vraiment, va être grandement diminuée. Si vous souhaitez aller de l’avant, vous devez vous recentrer sur l’instant présent (sur l’ici et maintenant) et résoudre le problème actuel avec les éléments d’aujourd’hui, sans regarder dans le passé.

4. Évitez les conflits si vous le pouvez

Résoudre un conflit peut être épuisant. Faites tout ce qui est en votre pouvoir pour éviter sa survenance, surtout s’il s’agit d’un thème secondaire.

5. Apprenez à pardonner

Il est impossible de résoudre un conflit si vous n’êtes pas disposé à pardonner, ou que vous êtes incapable de le faire.

Si vous n’êtes pas en mesure de vous libérer de l’envie de vous venger de l’autre, vous ne parviendrez pas à régler le conflit, même si vous parvenez à une sorte d’accord, comme une trêve.

6. Laissez le temps soigner les plaies

Il arrive parfois qu’un conflit ne puisse pas être résolu. Dans ce cas, essayez de prendre du recul sur la situation, et de véritablement vous déconnecter. Cela permettra de ne pas faire entrer le conflit dans le sphère de votre vie personnelle. Même si ce n’est pas toujours possible ou conseillé, cela peut être une excellente manière de régler de petits désaccords en évitant que le conflit ne prenne trop d’importance.

La manière de résoudre les conflits des personnes assertives

Les personnes assertives ne sont ni soumises, ni serviles et ne font pas non plus usage de l’arrogance narcissique ou irrespectueuse. Un fait qui les caractérise sans doute est leur capacité à résoudre les conflits et les différends. Ce sont des profils habiles pour défendre leurs droits, et originaux pour atténuer les tensions et résoudre les malentendus avec la sérénité de ceux qui contrôlent correctement leurs émotions. Nous savons tous que l’assertivité est au bout du compte cet ingrédient essentiel qui permet d’améliorer notre communication et la qualité de nos relations. Cette affirmation est claire, en revanche nous manquons bien souvent d’agilité, d’énergie et de solvabilité dans cette stratégie. Que nous le souhaitions ou non, cela n’est pas quelque chose d’inné. Nombreux sont ceux d’entre nous qui manquent de cohérence entre ce qu’ils pensent et ce qu’ils font. Peu à peu, nous stockons une quantité telle de frustration et de mal-être qu’à un moment donné, nous finissons par réagir de la pire manière qui soit. L’assertivité est avant tout un exercice de dignité personnelle qui doit agir comme un engrenage dans n’importe quel scénario de nos vies. L’un d’entre eux et sans doute le plus important, est celui des conflits relationnels. Que cela soit au niveau professionnel ou au niveau personnel ; il y a toujours un moment de la journée, de la semaine ou du moins au cours duquel nous sommes obligés de défendre des territoires, nos opinions et voire même notre propre identité. Savoir gérer ces instants sans tomber dans la servilité ou l’agression verbale est quelque chose de prioritaire.

5 clés qu’utilisent les personnes assertives pour résoudre leurs conflits

Peur de blesser les autres, de ne pas savoir exprimer notre colère ou désaccord sans tomber dans l’offense ou le reproche, crainte de ne pas avoir les ressources nécessaires pour nous défaire des fils de la manipulations… Nous pourrions donner plus d’exemples de l’architecture inépuisable qui affecte notre estime de nous-mêmes lorsque nous parvenons à être assertifs et agiles au moment de réagir et de défendre nos droits. Il convient de préciser qu’il n’est pas facile d’y parvenir du jour au lendemain, en revanche, nous devrions avoir en tête le fait que ces ressources s’apprennent, s’entraînent et s’appliquent efficacement à mesure que nous les comprenons. Voyons en suivant les stratégies utilisées par les personnes assertives pour affronter les conflits quotidiens.

1. Les personnes assertives ont la raison d’être

Nous pourrions appeler cela de la dignité, de l’estime de soi ou de l’amour propre. Nous devons tous savoir ce qui est indispensable, ce que nous devons protéger contre vents et marées, ce qui nous définit, ce qui est notre raison d’être et que personne ne doit attaquer. Nous avons tous des valeurs que personnes ne doit piétiner. Nous disposons tous d’une histoire, d’un tissu personnel que personne ne peut attaquer ou ridiculiser. Nous avons le droit d’avoir des opinions, des passions, de défendre des idées, d’être libres, d’agir en accord à notre identité sans faire de mal à personne. Chacune de ces dimensions représente nos motivations, nos raisons d’être.

2. Parler à la première personne sans crainte

Souvent, nous craignons de prononcer ce pronom personnel qui retient notre essence, notre raison d’être et notre volonté. Lorsque les personnes assertives résolvent les conflits, elles n’ont pas peur de faire usage de ce pronom, ne le cachent pas et ne le laissent pas de côté. Pour cela, et comme exemple, elles n’hésitent pas à commencer leurs phrases.

3. Elles ne passent pas par quatre chemins, elles décrivent le comportement blessant ou le problème central

Lorsque l’on doit résoudre des désaccords ou gérer des conflits ou malentendus, la dernière chose à faire est de nous éparpiller en faisant des accusations, en ayant recours à des reproches ou en présentant uniquement notre mal-être. Il faut être aussi directs, concis et constructifs que le sont les personnes assertives. Pour cela nous devons nous concentrer sur le nœud du problème.

4. Les personnes assertives font des demandes claires et directes

La communication effective, celle qui fait recours à l’assertivité, sait que pour résoudre les conflits il est nécessaire de faire des demandes, celles qui sont propices à la bonne résolution et qui nous guident vers l’accord. Ainsi, quelque chose que nous devons garder à l’esprit sur l’assertivité est qu’il ne suffit pas d’exprimer la manière dont nous nous sentons. Il est également nécessaire d’orienter notre dialogue ou discussion vers une fin constructive.

    5. Accepter parfois de ne pas parvenir à un accord

    Les personnes assertives savent et comprennent qu’en matière de conflits ou de malentendus, il n’est pas toujours possible d’atteindre une fin ou un accord entre les deux partis. Souvent, les différends restent présents, en séparant deux positions, deux attitudes, deux comportements. Nous ne devons pas nous désespérer face à une telle situation, et pas non plus être en colère. La bonne gestion émotionnelle des individus assertifs dans ces cas-là leur permet d’accepter ce type de situations. En fin de compte, nous ne sommes pas obligés d’être d’accord sur tout, et de voir les choses du même point de vue. La clé repose dans le fait de savoir respecter les perspectives d’autrui. Si un conflit ne se termine pas bien et que la personne que nous avons en face n’argumente pas, de comprend pas et ne propose pas et se limite uniquement à offenser et à intensifier les émotions négatives, le mieux est de mettre de la distance. C’est quelque chose que les personnes assertives ont clairement identifié et pour cela, loin de tomber dans une dynamique dénuée de sens, l’idéal est de maintenir le calme et de nous éloigner.

    Souvent, on dit que l’assertivité est le point intermédiaire entre celui qui s’agenouille et celui qui aplatit son interlocuteur. Les personnes assertives se déplacent dans cette sphère qui jour après jour se connaît mieux et qui leur permet d’être plus habiles pour se défendre sans agresser ni être agressé. Elles gagnent en ingéniosité pour résoudre de manière efficace les problèmes quotidiens.

    L’approche systémique pour résoudre les conflits

    L’approche systémique se distingue des autres approches par sa façon de comprendre les relations humaines : l’individu fait parti et est influencé par différents systèmes : familial, professionnel, social. Les personnes dépendent les unes des autres et leurs échanges se font selon des règles implicites de communication utilisées le plus souvent de manière inconsciente. Les difficultés d’une personne signalent parfois une souffrance qui peut parfois être celle d’un système

    L’approche systémique prend donc en compte la communication et les interactions entre les individus. Elle est particulièrement utilisée en thérapie familiale car une famille constitue un bien sûr un système social naturel mais l’approche systémique peut bien sûr s’appliquer dans le cadre d’une thérapie individuelle et non familiale : il n’est pas nécessaire de faire participer tout un groupe pour opérer un changement. Modifier unilatéralement ses relations avec les autres personnes du système peut avoir un effet sur le fonctionnement du groupe.

    Pour rendre compte de la complexité, la systémique impose l’appréhension concrète de concepts qui lui sont propres et prend forme dans un processus de modélisation de systèmes complexes : La mise en œuvre de cette démarche nécessite donc un effort d’apprentissage conceptuel et pratique. La systémique a donné lieu à de nombreuses applications pas seulement thérapeutique : biologie, économie, management des entreprises.

    Individualisme méthodologique

    L’individualisme méthodologique est un paradigme des sciences sociales, selon lequel les phénomènes collectifs peuvent (et doivent) être décrits et expliqués à partir des propriétés et des actions des individus et de leurs interactions mutuelles (approche ascendante). Cette approche s’oppose au holisme, selon lequel les propriétés des individus ne se comprennent pas sans faire appel aux propriétés de l’ensemble auquel ils appartiennent (approche descendante). L’individualisme méthodologique ne doit pas être confondu avec l’individualisme en tant que conception morale et politique : il ne comporte aucune hypothèse ou prescription concernant les motivations ou les actions des individus. Il se contente d’affirmer que les individus sont les seuls organes moteurs des entités collectives, et qu’on peut toujours reconstruire une propriété collective à partir de propriétés individuelles.

    Altération par la théorie des jeux

    L’introduction de la théorie des jeux dans l’analyse économique et la naissance de la nouvelle microéconomie sont venues légèrement bouleverser la situation : conformément aux principes de la théorie des jeux, le raisonnement en termes d’individualisme méthodologique est conservé, mais il est dorénavant conféré aux individus une rationalité stratégique qui implique que chaque individu se comporte en fonction des actions entreprises par les autres individus. L’utilisation plus récente de la théorie des jeux évolutionnaires vient encore affaiblir la rationalité des individus tout en conservant l’individualisme méthodologique : les agents sont supposés être « myopes » et disposer uniquement d’une rationalité adaptative.

    Sociologie

    L’individualisme méthodologique a également une certaine importance en sociologie, et plus particulièrement en sociologie compréhensive. Il oppose d’une part les théoriciens qui ne veulent pas faire l’économie des intentions, des objectifs et des actions des individus dans leur explication des faits et des processus sociaux, à ceux qui pensent que cette dimension n’est pas incontournable dans la recherche sociologique.

    L’individualisme méthodologique dans lequel s’inscrit l’école boudonnienne explique les faits et les processus sociaux comme l’addition de conduites et de représentations individuelles en interaction : l’individu est l’atome logique de l’analyse car il constitue l’élément premier de tout phénomène social. Comprendre le social, c’est, dans cette perspective, analyser les rationalités des individus, puis saisir leurs effets de composition, c’est-à-dire la façon dont l’ensemble des actions individuelles s’agrègent pour créer un phénomène social. Boudon a mis ainsi en évidence ce qu’il nomme des effets pervers, c’est-à-dire des phénomènes de composition où l’addition d’actions individuelles rationnelles produit des effets inattendus et contraires aux intentions de chacun. Ainsi, les paniques boursières constituent un exemple typique de tels effets pervers. Quand un grand nombre d’individus, par crainte d’une baisse des cours, vendent leurs actifs, ils provoquent ce qu’ils craignaient : une chute du prix des actions. L’école boudonnienne a élargi son analyse, en la concentrant non plus seulement sur la maximisation des utilités, mais en prenant en compte les croyances dans l’action individuelle, développant le concept de rationalité cognitive. L’individualisme méthodologique donne de meilleurs outils pour penser le changement ; le holisme quant à lui, fournit de meilleurs outils pour expliquer l’inertie sociale, par exemple la persistance de la sur-représentation de l’échec scolaire dans les classes populaires.

    L’individualisme méthodologique est notamment au centre de l’analyse stratégique en sociologie des organisations, approche développée notamment par Michel Crozier et qui vise à comprendre les stratégies réelles mises en place par les acteurs au sein des organisations, au travers notamment de la formation de relations et de jeux de pouvoirs. Outre Boudon et Crozier, Max Weber et James Coleman ont également développé une théorie sociologique sur la base de l’individualisme méthodologique (quoique sous une forme particulière chez Weber).

    De l’individualisme méthodologique à l’individualisme complexe

    Sans pour autant aborder les objections traditionnellement émises à l’encontre de l’individualisme méthodologique par les tenants de la démarche holiste, il est possible de repérer certaines difficultés posées par l’individualisme méthodologique. Cela est d’autant plus vrai que l’individualisme ontologique n’est pas forcément incompatible avec des propositions relevant du holisme sur le plan ontologique notamment que le tout social serait supérieur à la somme des parties et que le tout social influencerait le comportement des parties à ce tout.

    Dans la mesure où les actions des agents sont fonction de leurs croyances, dispositions et ressources, cela indique, dans une optique compréhensive, c’est-à-dire consistant à retranscrire la logique qui guide les actions individuelles, qu’il est nécessaire de s’interroger sur les origines de ces croyances, dispositions et ressources qui sont extérieures à l’individu puisqu’elles résultent du système social.

    Ce problème est plus apparent que réel. En effet, il est clair que chaque individu naît et vit au sein de structures sociales existantes qui influencent son comportement, mais ces structures résultent des actions des individus qui l’ont précédé et coexistent avec lui, et ses propres actions contribuent à façonner les structures au sein desquelles vivent ses contemporains et vivront ses successeurs. La difficulté ci-dessus n’apparaît que si on décide à la fois d’ignorer la dimension temporelle et de parler de « l’individu » comme d’une essence abstraite au lieu de parler d’une multitude d’individus qui interagissent les uns avec les autres, ce qui constitue une double erreur de raisonnement.

    Pour dépasser ce problème, on parle de plus en plus d individualisme méthodologique complexe, même si d’autres appellations sont également utilisées. L’idée de cette posture est de considérer que le monde social par opposition au monde naturel est dual car partagé entre l’action et les structures sociales. L’IMC postule que chacune de ses parties est une propriété émergente de l’autre : les actions individuelles, guidées par les structures sociales, s’agrègent et produisent des résultats non attendus qui modifient les structures sociales ; en retour les structures sociales produisent des effets cognitifs sur les individus et déterminent en partie leurs actions etc. L’évolution sociale est donc le résultat de cette dialectique entre action et structure, l’idée étant qu’il est impossible de réduire l’un à l’autre, même si elles sont fortement interdépendantes.

    L’émergence de ce nouveau paradigme n’est pas indépendante des progrès des sciences cognitives et notamment des travaux précurseurs de Herbert Simon, de la cybernétique et de la théorie des systèmes. En économie, le courant français de l’économie des conventions, au travers notamment de la grille de lecture des économies de la grandeur emprunte cette nouvelle voie dont on peut considérer qu’elle a été ouverte par Ludwig von Mises et Friedrich Hayek. Les travaux de Douglass North sont également de la même veine.